INTERVIEW DE JEAN-LOUIS
MONCET
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SES DATES CLES:
| - 30/07/1945 : |
naissance à Rabat au Maroc |
| - Juillet 1971 : |
rédacteur en chef adjoint dans la revue
"Sport-Auto" |
| - Avril 1975 : |
reportage du Safari au Kenya, rencontre avec Jacques
Bencarère qui a crée l'émission
de télévision "Auto-Moto"
qui est d'ailleurs la plus vieille émission
française diffusée le dimanche matin. |
| - Mars 1990 : |
rachat de TF1 par Bouygues. 1er commentaire de
Grand Prix en direct à Fenix en Arizona pour
le Grand Prix des USA |
Jean-Louis MONCET
le célèbre commentateur des Grand Prix de
Formule 1
L'INTERVIEW par
Jérôme BENOIT et Florent BENOIT :
- Vous êtes actuellement
rédacteur en Chef adjoint de la revue "Sport-Auto".
Quelles études journalistiques avez-vous fait ?
Je faisais des études
classiques notamment du latin au lycée Massena
à Nice. Ensuite j'ai passé le bac, puis
l'école superieure de Journalisme (ESJ) et aussi
des études de lettres.
En 1967-1968 j'ai
fait mon service militaire. Puis en 1969 j'ai commencé
comme correspondant de France Soir régional pour
le Sud de Paris, de Corbeille Essonne, Juvisy, Versailles.
Puis j'ai fait la
rencontre de Gerard Combatqui qui est le rédacteur
en chef de "Sport-Auto" depuis 1971.
- Quel a été
votre parcours professionnel avant TF1 ?
Je suis devenu rédacteur
en chef adjoint à la revue automobile "Sport-Auto"
car Gérard Combatqui qui est le rédacteur
en chef n'était pas disponible très souvent
car il courait les Grand Prix de F1. Ainsi, il était
très souvent absent et dans ce cas, moi je restais
au journal comme on dit dans le jargon professionnel,
pour "faire la cuisine" mais ça me permettait
quand même de faire quelques petites courses de
Formule Renault ou de F3000 où ont débuté
tous les pilotes français qui sont ensuite venus
en F1.
Donc jusqu'en ça
c'était jusqu'en 1975 car ensuite je suis rentré
à "Auto-Moto" sur TF1 mais j'ai continué
"Sport-Auto" aussi car ce sont deux activités,
l'une en presse écrite, l'autre en presse audiovisuelle
hebdomadaire. Cela m'a permis de suivre en même
temps les courses de Formule 2 où là j'ai
rencontré des garçons comme Jacques Laffite
par exemple.
Ensuite, l'une des
grandes parties de ma carrière est dans le championnat
du monde des rallyes puisque c'était les 1ers grands
voyages que j'ai fait dans le monde en tant que reporter.
- Depuis votre 1er commentaire
de Grand Prix, comment à évoluer le monde
de la formule 1 ?
Le monde de la F1
n'a pas beaucoup évolué c'est d'ailleurs
là toute sa légende. En 1990, les Formules
1 avaient déjà les roues découvertes
et les pilotes étaient déjà des stars.
Ce qui a fait les grandes vedettes comme aujourd'hui c'est
la surmédiatisation de la F1. La règle dans
ce sport et l'attrait du direct.
IL y a 3 unités
de temps : un Grand Prix ne dure pas plus de 2 heures
(temps), certains circuits sont encore en service avec
quelques changements comme à Monza, Silversone
ou Magny-Cours qui est désormais le berceau du
sport automobile français (lieu). Toujours 12 voitures
au départ (action).
Celui qui passe le
1er la ligne d'arrivée a gagné. Donc c'est
toujours la même action, ce qui a vraiment évolué
dans ce métier là, c'est que lorsque les
gens gagnaient des Grand Prix, il étaient suivis
par 5 ou 6 télévisions alors que maintenant
ils sont suivis par + de 140 TV dans le monde entier à
chaque GP.
- La conception d'une
nouvelle formule 1 s'élabore 6 mois à l'avance
et le moteur à peu près 1 an avant chez
les grandes écuries (Ferrari, Williams BMW, Mc
Laren). Ils sont très organisés, est-ce
que toutes les écuries ont le même type d'organisation
?
Quand vous faites
allusion à Ferrari, Mc Laren et Williams, vous
faites allusion aux 3 plus grandes équipes actuelles
de F1. Effectivement les plans des voitures sont gelés
entre début et fin Juillet, la construction de
la maquette et de la nouvelle voiture a déjà
commençé.
Idem pour le moteur
que ce soit pour Ferrari, BMW ou Mercedes. Les moteurs
passaient au banc déjà les prototypes de
moteurs puisqu'il faut 1 an environ pour faire un moteur.
La fiabilité et la performance ont aussi leur importance.
C'est donc un schéma classique pour les grandes
écuries.
La différence
avec les petites écuries, c'est qu'il faut gagner
tous les capitaux possibles pour pouvoir payer l'entretien
des voitures qui font les courses pendant que vous êtes
en train de payer aussi la mise en route des voitures
qui vont vous servir pour la saison suivante. Donc les
délais sont plus ou moins respectés et les
voitures plus ou moins prêtes à l'aube de
la nouvelle saison.
Mais chaque écurie
se débrouille pour être prêt au bon
moment et la différence est là. Il y a des
fois où certaines écuries doivent se débrouiller
avec le systeme D et mêmes pour les moyennes écuries
de temps en temps.
Mais on peut dire
aussi que chaque équipe est en réalité
soutenue par des grands constructeurs (ex : Bar Honda
soutenu par Honda)
- Que pensez-vous de la
sécurité en F1 qui évolue au fil
des ans ?
Cette année
encore en 2001, on a vu un certain nombre d'accidents
extrêmement spectaculaires. Je pense notamment à
Burti qui 2 fois de suite que ce soit en Belgique ou en
Allemagne a eu de graves accidents. Il y a 30 ou 40 ans
de cela, Burti ne serait plus de ce monde. Puis peu à
peu, la sécurité a évolué
et elle est absolument indispensable parce que ce sport
est extrêmement médiatisé.
On s'aperçoit
que ce qui a fait la légende de la F1 c'est les
grands nombres d'accidents faramineux qui autrefois ne
plaisaient plus aux gens. On l'a bien vu à la mort
d'Ayrton Senna, les télespectateurs ont un moment
deserté la F1 parce qu'ils accusaient la F1 d'avoir
tué Senna.
On ne peut plus se
permettre des choses comme ça car c'est indispensable
de préserver la vie des hommes et la FIA fait tout
ce qu'elle peut pour sécuriser au maximum les voitures.
Mais le risque 0 n'existe pas, il est inérant à
la vitesse même de la voiture comme on le sait.
C'est une circonstance agravante et on ne pourra jamais
éviter totalement le moindre risque.
- Depuis vos débuts
sur les GP, quels sont vos meilleurs souvenirs, vos meilleurs
rencontres ?
Le meilleur souvenir
en soi c'est une action forçément. C'est
lorsque contre toute attente Alain Prost est devenu champion
du monde pour la 2ème fois à Adélaïde
en Australie devant Nigel Mansell et Nelson Piquet.
Prost a bénéficié
d'un énorme retournement de situation ! C'était
extraordinaire ! Aussi j'ai fréquenté tout
au long de ma carrière des pilotes et des ingénieurs
et ils sont formidables, ils sont dans la compétition
permanente.
- Jean Todt qui est arrivé
en 93 chez "Ferrari" a ressoudé une équipe
avec Berger et Alési. Avec l'arrivée du
champion du monde, Michaël Schumacher, il a réussi
à imposer ses idées et à donner les
facultés à "Ferrari" pour être
champion du monde des constructeurs. Auparavant c'était
"Renault" qui avait le monopole. D'après
vous comment "Ferrari" est revenu à ce
stade de la réussite ?
C'est la réussite
d'une méthode que j'appellerai "la méthode
Jean Todt" (rire) ! C'est un garçon extrèmement
déterminé et visionnaire sur les bons plans.
Lorsqu'il était chez Peugeot, il voulait que Peugeot
s'investisse en F1 comme Toyota le fait et comme Renault
l'a fait avec un chassis et un moteur. Il n'y ait pas
parvenu, donc il est parti chez Ferrari et il a implanté
sa méthode.
Il est très
concret, il comprend ce qu'il faut pour la F1 en matière
de budget. Aussi c'est un manager qui est avant tout un
père de famille, de la Scuderia Ferrari de Michaël
Schumacher jusqu'au dernier mécanicien ou apprenti
mécanicien qui balaye le sol de la Scuderia. C'est
une famille ou chaque membre à sa place et ça
c'est la réussite de Jean Todt !
Il s'entoure de gens
extrêmement importants mais en les responsabilisant
et à mon avis c'est la plus belle réussite
en matière de sport automobile !
- "Renault"
rachète "Benetton" qui a eu des résultats
satisfaisants en 2001. Un podium des constructeurs pour
"Renault" serait-il envisageable à votre
avis en 2003 ?
Leur objectif officiel
en 2003 est la 3ème place mais effectivement quand
on se fixe un objectif en matière de compétition,
il vaut mieux toujours viser un peu plus haut.
- Comment se vit un GP
de F1 de l'intérieur des paddocks (endroit où
vous êtes régulièrement) ?
D'abord il se vit
tôt puisqu'on arrive le jeudi sur le circuit pour
prendre ses repères, assister aux différentes
conférences de presse et aussi car on se lève
à 5h30 du matin pour éviter les embouteillages
aux abords du circuit. Votre vie est réglée
par les séances d'essais et de qualifications.
Dès le samedi
après-midi on prépare "Auto-Moto, F1
Mag, Minuit Sport," Surtout le dimanche car il y
a le Warm-Up puis toutes les émissions du jour
de TF1. "F1 à la Une" qui précède
les 45 min du Grand Prix est la partie importante de notre
métier car notre objectif est de faire rentrer
le téléspectateur dans les coulisses de
la F1. Puis le départ du GP et après cela
il y a encore l'arrivée, le podium et les journaux
à faire et l'édition du lundi soir à
préparer.
Donc voilà
comment on voit les choses de l'interieur (rires). On
est toujours sur le terrain et on doit travailler à
toute vitesse car là on voit les pilotes ou les
ingénieurs pendant 3 ou 4 jours seulement et ils
ont un travail important à faire et qui ont peu
de temps à accorder à la presse en général.
Donc c'est très compliqué, il y a une sorte
de sur-pression pendant ces 3 jours. Le plus compliqué
c'est de ne pas se laisser déborder et de tout
boucler pour passer les émissions à l'antenne.
Après ça
tout le monde s'en va, j'ai toujours comparé la
F1 à un grand cirque qui se déplace. Tout
le monde est prêt pour la fête qui a lieu
et puis tout le monde s'en va. Il n'y a plus que les papiers
qui restent dans les tribunes, les journalistes travaillent
puis 15 jours après ça repart !
- Jean Alési a
arrêté sa carrière pour faire du Tourisme
Car en Allemagne, vous qui êtes allé le voir
en Suisse à l'entraînement, qu'en est-il
?
D'une part, Jean Alési
n'avait pas envie de mettre un terme à sa carrière
de pilote, c'est important, il avait encore envie de courir
pendant 2 ans. C'était l'objectif qu'il s'était
fixé mais il a été remplacé
par un jeune pilote (Sato), il a été victime
d'un point de vue politique. C'est simple il y a une escalade
entre les constructeurs Japonais (Toyota, Honda, Bar,
Jordan) qui font le maximum pour mettre des pilotes Japonais
donc Alési a été victime de cela
!
Il a été
poussé à la porte de la F1 mais il veut
encore conduire ! donc il lui restait les sports prototypes
(amateurs - peu de moyens), le rallye (trop compliqué
pour lui), la seule solution : le DTM ! Ce sont des voitures
de Tourisme avec des équipes réellement
professionnelles qui mettent des gros salaires à
la disposition des pilotes de F1, le DTM allemand a besoin
de vedettes comme Alési pour se faire connaître
!
Ils ont trouvé
un terrain d'entente, Alési est donc dans une équipe
Mercedes officielle, très structurée avec
une très bonne voiture. C'est un sport très
populaire en Allemagne et il y a plus de 80 000 spectateurs
par course, c'est exactement ce qu'il lui fallait !
- Dans le jeu vidéo
"F1 championship saison 2001", vous avez prêté
votre voix, comment ça s'est passé réellement
?
Je serai aussi ds
le Championship saison 2001 ! (rires). En fait c'est une
méthode de travail très complexe. C'est
le joueur qui décide de l'action qu'il fait ou
qu'il n'a pas pu faire. Il faut donc enregistrer une série
de sujets, de verbes et de compléments mais ceci
sur un ton qu'il faut absolument travailler pour que ce
soit très réaliste comme si la phrase avait
été réellement faite en direct !
C'est très
long mais c'est très intéressant car c'est
une formule de travail très différente de
ce que l'on nous demande de faire à la TV. C'est
un jeu vidéo où il faut beaucoup de moyens
et d'ailleurs c'est Electronic Arts qui est le seul à
faire ce genre de jeu en étant le leader mondial
! Mais il fait aussi d'autres jeux comme ceux de la FIFA.
C'est un travail très pointu, très difficile
et très précis.
- Vous avez écrit
un ouvrage "La Magie Ferrari" en 1997, est-ce
par pur avis professionnel ou car vous aimez cette équipe
en particulier ?
Il y a des deux en
fait. Premièrement, moi quand j'étais petit,
j'ai toujours aimé Ferrari, ça représentait
beaucoup de choses pour moi. C'était une équipe
qui se débrouillait toute seule pour être
un grand constructeur.
Deuxièmement,
la collection de Gallimard découverte (éditeur)
sont très bien faîtes. Ils ont contacté
Ferrari qui m'a conseillé, on m'a demandé
si je voulais faire un livre ds cette collection, en fait
je n'ai jamais demandé à Gallimard d'écrire
un livre car c'est eux qui m'ont contacté. Ca m'a
fait plaisir et j'ai eu plaisir de le faire.